YEVROBATSI
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Entretien avec Diamanda Galas
De notre correspondant à New-York, Christopher Atamian.
LA DIVA DIAMANDA GALAS REVEILLE LES MORTS ET COMBAT
POUR POUR LA RECONNAISSANCE DU GENOCIDE ARMENIEN, ASSYRIEN ET GREC
PONTIQUE
J'arrive au café du East Village avec un lis tigré pour Diamanda, pour
la remercier de son honnêteté, de sa férocité, de son combat au nom des
disparus arméniens, assyriens et grecs pontiques de 1915. Elle
m'embrasse bien fort, le lis tigré est sa fleur préférée.
Imaginez s'il vous plaît un oiseau de proie superbe, une vengeresse
noire, une panthère. Son dernier concert se nomme "Deifixiones," après
les charmes dits magiques que plaçaient les Grecs sur les tombeaux de
leurs morts pour que leurs ennemis ne puissent pas voler leurs âmes et
toutes leurs richesses que les voleurs de tombeaux espéraient trouver
enterrés avec les cadavres.
Sur scène : Elle se met au piano. Derrière, une voix de femme récite
Siamanto. Alors commencent hululements, cris aigus venus du fond de son
âme, de son ventre, de toutes les parties de son corps. Si vous voulez
savoir ce que pouvaient être les cris d'une Arménienne éventrée en 1915,
il n'y a qu'à écouter Diamanda. Mais suivent aussi des rythmes doux, des
techniques vocales rarement entendues de nos jours, des poèmes du Syrien
Adonis, des chansons arméniennes et arabes rendues d'une façon tout à
fait originales. Ce qui est singulier chez Diamanda, c'est qu'elle
possède une voix de chanteuse d'opéra à quatre octaves et qu'elle puise
sans cesse dans les traditions de la Méditerranée et de
l'Anatolie pour en sortir des interprétations nouvelles et fascinantes.
*
Christopher Atamian : Justement, Diamanda, parle-moi un peu de
ces traditions.
Diamanda : C 'est quelque chose que ne connaissent pas assez
souvent les critiques de musique. Ce sont les ghazals, les rebetikas,
les amanides et autres traditions que j'ai appris et que j'interprète.
Yevrobatsi : vous êtes née en Californie de parents grecs
pontiques ?
Diamanda : C'est exact. J'ai entendu de père en fille les
histoires des massacres des Chrétiens d' Anatolie entre 1894 et 1923.
Des choses horribles qui ce sont passées dans ma famille comme chez tant
d'autres.
Yevrobatsi : Quelle a été l'influence grecque sur la musique du
Moyen Orient ?
Diamanda : Bien sur, il y a toujours un syncrétisme au sein de
n'importe quelle culture, qu'elle soit musicale ou autre. Cependant, ce
sont les Grecs qui ont apporté aux Persans et aux Arabes les traditions
musicales qui ont ensuite donné lieu à la musique Soufi, par exemple.
D'ailleurs ce sont les Grecs qui ont permis aux Arabes de se développer
culturellement au cours de leur histoire, en développant Alexandrie et
les autres grands centres culturels égyptiens.
Yevrobatsi : Votre dernier concert, il y a quelques semaines à
New York, était dédié aux victimes du génocide grec pontique, assyrien
et arménien de 1915. Que pensez-vous donc de l'attitude négationniste
des Turcs envers le génocide ?
Diamanda : Les Turcs, je les emmerde ! Combien de temps va-t-il
falloir que l'on se détourne des faits historiques, que l'on chuchote la
mort de 3 millions de Chrétiens par la main des Turcs ? Que va-t-on
faire pour rendre la vie à toutes ces glorieuses civilisations
orthodoxes qui ont été ensanglantées et détruites par des musulmans
jaloux et intolérants ?
Yevrobatsi : Vous osez dire ce que pensent beaucoup...
Diamanda : Vous savez, il faut se défendre dans la vie. Cela m'a
peut-être coûté cher, mais au moins j'en ai le coeur et l'âme
tranquilles.
Yevrobatsi : Justement, vous faites parfois peur au gens, non?
Diamanda : Oui, comme ce con, un reste de Bolchévique en Arménie
qui annula mon concert sous prétexte que les Arméniens n’étaient pas
prêts à m’entendre. Ils ont vécu 1915, mais ils ont peur de Diamanda
Galas ? Il ne faut quand même pas exagérer !
Yevrobatsi : Ça vous énerve beaucoup la façon dont on parle de la
Grèce et de sa culture dans la presse ?
Diamanda : On croit que la Grèce, c'est une culture morte, que ce
n'est que les mathématiciens, les architectes et les philosophes du Vème
siècle avant Jésus-Christ. Et bien non ! Qui sont Séféris, Cavafy,
Kazantzakis et autres, sinon parmi les plus beaux créateurs du 20 ème
siècle ?
Yevrobatsi : Quant à Byzance...
Diamanda : Que veut dire de nos jours le terme byzantin ? Ça veut
dire difficile à comprendre,méconnaissable, abstrus...En vérité byzantin
veut dire "qui demande de la recherche," "qui est complexe pour le
barbare." C'est beau quand même, non?
Yevrobatsi : Parlez-moi donc un peu du vol culturel des Turcs.
Diamanda : Mais combien de temps est-ce que ces enf...s de Turcs
vont continuer à qualifier de turque la Haghia Sofia, et tous les
monuments grecs qui longent leurs côtes ? Ne vont-ils pas finalement se
demander pourquoi presque tous leurs monuments culturels sont
helléniques, ou bien arméniens ?
Yevrobatsi : Vous pouvez approfondir cette question, s'il vous
plaît ?
Diamanda : Qui, selon vous, aurait créé toute la richesse
culturelle en Anatolie et en Turquie ? Les Chrétiens, et plus
précisément les Grecs, les Arméniens et les Assyriens, et après eux les
Juifs. Vous voulez savoir ce que furent dans l'histoire les peuples
musulmans de la Turquie ? Des voleurs et des charognards.
Yevrobatsi : Parlez-moi un peu de votre amitié avec les
homosexuels ?
Diamanda : Les homosexuels sont nos plus beaux créateurs.
D'ailleurs ce sont pratiquement les seuls hommes que je peux blairer. On
devrait les louer et les remercier comme des divinités. Si tu savais le
nombre d'hommes hétéros qui me disent des stupidités et des grossièretés...
Après un concert, un macho typique arménien s'approche de moi et me dit
: pourquoi tu défends ces tapettes ? Au 21ème siècle, quand même, une
telle intolérance, ça me laisse bouche bée. Les plus grands guerriers
spartes, d'ailleurs, étaient tous homosexuels. Il se battaient deux fois
plus pour l’honneur devant leurs amants et pour les défendre contre la
mort. C'est beau ça. Tiens, les Grecs, on aura aussi inventé la
pédérastie ! (Elle se met à rire tout haut.)
Yevrobatsi : Pour en revenir à votre musique, vous êtes
consciente du fait que vous en demandez beaucoup à votre audience.
Diamanda : Mais pas du tout. Je leur demande une certaine
intelligence, une volonté de comprendre. Des gens qui trouvent cela
difficile, ça ne m'intéresse pas. Vous savez, en Italie, Umberto Ecco
vient à mes concerts, j'ai des milliers de fans à Turin, pas exemple,
des jeunes, des vieux, tout ce que vous voudrez. Alors, tu comprends, si
en Amérique ça les dépasse un peu, je n’en ai rien à foutre ! C'est
dommage, mais quand je chante et que je compose, je pense seulement à ma
musique.
Yevrobatsi : Diamanda, je vous remercie pour l'interview, pour
votre musique et pour votre courage.
Diamanda : Il n'y a vraiment pas de quoi.

Note de la rédaction : Yevrobatsi ne cautionne en aucune manière
tous les propos des gens qu'il interviewe, ni ne censure ces mêmes
propos qui ne seraient pas en accord avec sa ligne éditoriale de peur de
falsifier la pensée de la personne interviewée et de tromper ses
lecteurs.
Publié le : 03-10-2005